« Une France sans usines, c’est au mieux une utopie et certainement une catastrophe »

C’est une destruction massive digne de celle de 1914. Mais elle concerne l’emploi. Les maux qui minent la France depuis plus de quarante ans, ils ont pour nom chômage et désindustrialisation.

Comme l’État-major manoeuvrant à contretemps au début de la Première Guerre mondiale, la société française s’est trompée d’analyse sur la place de l’industrie dans l’économie. Elle l’a condamnée d’un trait de plume. À l’image de Serge Tchuruk, le patron d’Alcatel déclarant en 2001 : « Nous souhaitons très bientôt être une entreprise sans usine. » Condamnant ainsi l’un des fleurons français à une mort lente qui se poursuit aujourd’hui.

La France se « désindustrialise ». Plus personne ne conteste cette réalité. Ni la nécessité de relever le défi. Le rapport Gallois en 2012 a contribué à cette prise de conscience. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée n’a cessé de reculer depuis trente ans. Elle est passée de 16,2 % en 1995 à 11,2 % en 2015. Et la production industrielle a reculé de 15 %. En dix ans, 500 000 emplois sont ainsi passés à la trappe.

Des secteurs d’excellence continuent à perdre des parts de marché. La France était le premier producteur européen de médicaments il y a dix ans. Elle est aujourd’hui à la quatrième place derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie. Même phénomène dans l’agroalimentaire avec un recul de la deuxième à la cinquième place au plan mondial cette fois.

La bataille de la relocalisation

Ce n’est pourtant pas faute d’investir, comme le souligne une étude récente de France Stratégie qui pointe le haut niveau d’investissement des industriels français. Ils sont même plus élevés en pourcentage que ceux de leurs homologues allemands. Mais ils concernent l’innovation et la recherche, le marketing. Et concernent moins les équipements industriels et les machines. De grands groupes ont fait le choix, à l’image des constructeurs automobiles, de délocaliser une partie de leur production.

Est-ce que la France peut gagner la bataille de la relocalisation industrielle ? Car c’est bien là l’enjeu. Quel que soit le secteur d’activité, les entreprises françaises partagent un certain nombre d’objectifs communs : la formation avec le développement des campus de métiers, le numérique, l’intelligence artificielle et la robotique.

Dans tous ces domaines, des initiatives ont été prises pour alléger la fiscalité, muscler la compétitivité. Elles ont besoin d’être amplifiées. L’une des faiblesses de la France tient aussi au trop faible nombre d’entreprises de taille intermédiaire : deux fois moins qu’en Allemagne. Ces ETI capables à la fois de rayonner sur un territoire et d’aller chercher des parts de marché à l’export ont aussi le plus souvent le mérite d’avoir un centre de décision en région.

« Une France sans usines, c‘est au mieux une utopie et certainement une catastrophe »,disait Philippe Varin, l’ancien patron de PSA il y a quelques mois. Cette bataille-là aussi mérite d’être gagnée. Mais comme le pouvoir d’achat, elle ne se décrète pas. Elle se construit y compris à travers un imaginaire capable de susciter des vocations.

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